L’espanche et précieux ami
C’est un petit bonhomme, originaire d’Espagne, en réfléchissant, pas si petit que ça, que j’ai eu la chance de rencontrer il y a un peu plus de quatre ans. Il était brun, avec un début de calvitie. Il portait des lunettes larges dorées qui semblaient arriver directement des années quatre vingt. Non, il n’avait l’air de rien, sa mise était sobre, sans ostentation mais sans fautes de goût, hormis peut être les chaussettes de tennis qu’il portait avec un costume. Et cependant, sans déconner, c’est une des plus solides intelligences qu’il m’ait été donné de tout au long de ma vie. C’était un tout petit dormeur, comme moi, et utilisait le temps gagné à se cultiver.
Le rencontrer a changé ma vie, tout avancé qu’il était déjà sur le chemin du savoir et de la sagesse. Il savait profiter de chaque instant et me parler d’Épicure, de Lucrèce et des cours de l’Université Populaire de Caen. J’allai donc à la médiathèque et pris la première série de treize cédés – un cédé par conférence – sur les présocratiques. C’est ainsi que je découvris Michel Onfray sur mon autoradio. Car mon amical et pragmatique espanche avait son idée. Si j’utilisais les quarante cinq minutes de bouchon quotiden à écouter ses conférences, à la fin de la semaine, j’aurais étudié près de quatre heures la contre histoire de la philosophie du dit Michel Onfray. C’était fameux, comme idée.
Depuis le berceau, j’avais eu à trainer ma curiosité et les tonnes de questions existentielles qui en découlaient. En combinaison avec le tropisme dépressif familial, j’étais donc mollement mal dans ma peau. Pas bien donc. Et là, sur mon autoradio, les pensées de philosophes illustres et injustement négligés m’arrivaient, compréhensibles, grâce à Michel Onfray. Ils aspiraient au bonheur ces philosophes, d’Épicure à Nietzsche. Au plaisir aussi, au grand dam des penseurs officiels qui cherchaient un moyen, eux, de contrôler les masses. Insatiable, depuis un peu plus de quatre ans, j’ai donc écouté passionnément toutes les conférences de Michel Onfray, plusieurs fois même.
Puis, j’ai découvert Louis-Ferdinand, ce grand expert de l’hideur humaine, ce prosateur inouïe mélangeant argot et littérature. Incroyable que le Voyage ou Mort à crédit, ce fut un deuxième coup de tonnerre, avec une prise de conscience massive sur la condition humaine. Sur notre lot dans le monde, dans l’univers. Et avec toutes ces choses, j’ai construit un peu mes propres idées. Lesquelles vont se structurer, doucement car en attendant il faut bien crouter, et trouver leur sens dans ma propre vie. La tienne aussi, ami lecteur. Alors voilà, c’est à toi, candide et précieux maître que je le dois, et te rends hommage par le truchement de cet article. Merci.
| Imprimer l'article | Cette entrée a été posté par Manu Militari le 12 mai 2010 à 11 h 34 min, et placée dans Chroniques. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse, ou bien un trackback depuis votre site. |



