Article tagué Friedrich Nietzsche
L’aphorisme du temps libre pour Nietzsche
12/10/10
Quelle leçon de Nietzsche dans l’aphorisme présenté ci-dessous ! Une leçon d’humilité car notre temps (sauf pour quelques rares privilégiés) n’est pas libre, inutile tel le paon de montrer ses plumes et de se revendiquer libre. Une leçon d’espoir car quelque soit notre condition, riche, pauvre, intelligent ou con, on peut se libérer (un peu au moins) du temps contraint au travail sous le joug duquel nous ployons.
Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée pour lui-même est un esclave, qu’il soit d’ailleurs ce qu’il veut : politique, marchand, fonctionnaire, érudit.
Friedrich Nietzsche (Humain, trop humain)
Alors, selon la part requise de temps libre (deux tiers) du philosophe, je suis un esclave. Sympathique ! Il a le mérite d’être clair. La suite >
Ecce Homo — Pourquoi je suis un destin
5/09/10
Friedrich Nietzsche – Ecce Homo
< Le cas Wagner Table des matières
Je connais mon lot. Un jour viendra où le souvenir d’un événement formidable s’attachera à mon nom, le souvenir d’une crise unique dans l’histoire de la terre, de la plus profonde collision des consciences, d’un décret édicté contre tout ce qui avait été cru, exigé et sanctifié jusqu’à nos jours. Je ne suis pas un homme, je suis une dynamite. Et je n’ai rien, en dépit de tout, d’un fondateur de religion ; les religions sont affaires de populace, j’ai besoin de me laver les mains quand j’ai touché des gens religieux… Je ne veux pas de fidèles » ; je pense que je suis trop impie pour croire en moi-même ; je ne parle jamais aux masses… J’ai une peur horrible d’être canonisé un jour : on comprendra pourquoi je-donne ce livre avant, il empêchera de faire cette bêtise… Je ne veux pas devenir un saint, j’aime mieux être pris pour un guignol… Et peut-être suis-je, un guignol… Et pourtant, – mais non, pas « pourtant », car il n’y a encore jamais eu rien d’aussi menteur que les saints, – la vérité parle par ma bouche. Mais terrible est ma vérité : car jusqu’ici c’est le seul mensonge qui a reçu ce nom. Renversement général des valeurs c’est la formule que j’emploie pour désigner l’acte par lequel l’humanité s’avise suprêmement d’elle-même ; chez moi cet acte est devenu chair et génie. La suite >
Ecce Homo — Le cas Wagner
26/08/10
Friedrich Nietzsche – Ecce Homo
< Le Crépuscule des Idoles Table des matières Pourquoi je suis un destin >
Un problème musical
Pour rendre justice à cet écrit il faut souffrir du destin de la musique comme d’une plaie ouverte. De quoi je souffre lorsque, je souffre du sort de la musique ? De ce qu’on l’a dépouillée de ses vertus transfiguratrices, de son caractère approbateur, de ce qu’elle est devenue musique de décadence, de ce qu’elle n’est plus la flûte de Dionysos… Mais si l’on considère la cause de la musique comme la sienne propre, si l’on ressent le mal de la musique comme une souffrance personnelle, on trouvera cet écrit plein d’égards, on le jugera indulgent au-delà de toute mesure. Etre gai dans ces cas-là et se persifler soi-même avec bonté – ridendo dicere severum quand le verum dicere – justifierait toutes les duretés, – c’est là l’humanité même. Qui douterait que je ne puisse, en vieil artilleur que je suis, mettre en batterie mes gros canons contre Wagner ? Mais les arguments décisifs je les ai gardés pour moi dans cette affaire. – J’ai aimé Wagner…
Enfin, pour travailler dans le sens de ma tache, il faut que j’attaque un « inconnu » plus distingué, qu’un autre ne devinera pas facilement : j’ai bien d’autres inconnus à démasquer qu’un Cagliostro de la musique ; il faut surtout que j’attaque la nation allemande de plus en plus paresseuse et pauvre d’instinct, de plus en plus honnête dans ses goûts intellectuels, cette nation qui continue à se nourrir de contraires avec un appétit digne d’envie et réussit à engloutir sans aucun trouble digestif la « foi » aussi bien que la science, l’ « amour chrétien» en même temps que l’antisémitisme, et la volonté de puissance (la volonté de l’Empire) dans le même plat que l’amour des humbles… La suite >
Ecce Homo — Le Crépuscule des Idoles
22/08/10
Friedrich Nietzsche – Ecce Homo
< La Généalogie de la Morale Table des matières Le cas Wagner >
Comment philosopher à coup de marteau
Cet ouvrage qui n’a pas cent cinquante pages, serein et fatal à la fois, pareil à un démon qui rit, est l’oeuvre de si peu de jours que je n’ose pas en dire le nombre. C’est une exception parmi les livres : il n’y en a pas de plus substantiel, de plus indépendant, de plus révolutionnaire, de plus méchant ; si l’on veut se faire une idée rapide du degré du « sens dessus dessous » où tout se trouvait avant moi, qu’on commence par lire cet écrit. Ce que mon titre appelle idoles « c’est tout simplement ce qu’on avait appelé jusqu’ici « vérité ». Le Crépuscule des Idoles cela veut dire en bon allemand la liquidation des vieilles vérités… La suite >
Ecce Homo — La Généalogie de la Morale
18/08/10
Friedrich Nietzsche – Ecce Homo
< Par-delà le bien et le mal Table des matières Le Crépuscule des Idoles >
Une oeuvre de polémique
Les trois dissertations dont se compose cette généalogie sont peut-être, sous le rapport de l’expression, de l’intention et de l’art du coup de théâtre, la plus inquiétante des choses qui ait jamais été écrite jusqu’à nos jours. Dionysos, on ne l’ignore pas, est aussi le dieu des ténèbres. A tout coup un début destiné à égarer, froid, scientifique, ironique même, mis en vitrine avec intention et dilatoire à dessein. Peu à peu l’agitation augmente ; quelques éclairs sillonnent l’horizon ; des vérités des plus désagréablesse font entendre au loin avec des grondements sourds, jusqu’au moment où un formidable tempo feroce vient tout rouler au premier plan. Pour terminer, toutes les fois, au milieu de détonations absolument terribles, une nouvelle vérité se fait jour entre les nuages.
Cette vérité, dans la première dissertation, porte sur la psychologie, du christianisme : elle dit qu’il tire son origine de l’esprit de ressentiment, et non pas, comme on se le figure, de l’esprit tout court, qu’il représente foncièrement une réaction, une grande insurrection contre le règne des valeurs nobles. La suite >
Ecce Homo — Par-delà le bien et le mal
14/08/10
Friedrich Nietzsche – Ecce Homo
< Ainsi parlait Zarathoustra Table des matières La Généalogie de la Morale >
Prélude d’une philosophie de l’avenir
La tâche, des années suivantes était fixée aussi rigoureusement que possible. La partie affirmative de mon livre étant terminée, c’était le tour de la moitié qui devait dire et faire non ; c’était le moment de renverser les valeurs en cours et de mener la grande guerre, de faire arriver le jour de la bataille décisive. Je devais m’enquérir petit à petit de parents, de gens qui fussent forts et. me prêtassent la main pour mon oeuvre de destruction. Dès lors tous mes écrits deviennent des hameçons : peut-être suis-je plus adroit que personne à la pèche à la ligne ?… Si je n’ai rien pris, ce n’est pas ma faute. C’est qu’il n’y avait pas de poisson. La suite >
Ecce Homo — Ainsi parlait Zarathoustra
10/08/10
Friedrich Nietzsche – Ecce Homo
< Le Gai Savoir Table des matières Par-delà le bien et le mal >
Un livre pour tous et pour personne
Je raconterai maintenant l’histoire de Zarathoustra. L’idée fondamentale de l’oeuvre, celle du Retour Perpétuel, – formule d’approbation la plus haute qu’on ait jamais atteinte, – date du mois d’août l881 : elle a été jetée sur une feuille avec cette inscription : « A 6000 pieds par-delà l’homme et le temps ». Je parcourais ce jour-là les bois au bord du lac de Silvaplana ; non loin de Surlei je fis halte au pied d’un gigantesque roc dressé en forme de pyramide. Ce fut alors que l’idée me vint.
Si je me reporte à quelques mois avant ce jour, je trouve, comme symptôme précurseur de l’événement, je trouve, surtout en musique, une transformation de mes goûts, subite, profonde et décisive. Peut-être mon Zarathoustra ne relève-t-il que de la musique ; ce qu’il y a de certain c’est qu’il présuppose une « régénération » de l’ouïe. Dans une petite ville d’eaux montagnarde, non loin de Vicence, à Recoaro, où je passais le printemps de l’année 81, je découvris avec Peter Gast, mon maestro et ami, un régénéré » lui aussi, que le phénix musique volait à nos yeux dans l’éclat d’un plumage plus léger et plus brillant que jamais. La suite >
Ecce Homo — Le Gai Savoir
3/08/10
Friedrich Nietzsche – Ecce Homo
< Aurore Table des matières Ainsi parlait Zarathoustra >
Aurore était le livre du grand « oui », livre profond, mais lumineux et bienveillant. Il en va de même de la Gaya Scienza, et à un degré supérieur : il n’est presque pas une phrase de ce livre où la profondeur et l’enjouement ne se tiennent tendrement la main. Une strophe de gratitude au splendide mois de janvier que j’avais vécu – et qui m’avait fait présent de cette oeuvre – trahit assez la profondeur sur laquelle ma « science » a bâti sa « gaieté » :
Toi qui, d’une lance de flamme,
Brises la glace de mon Ame,
Et qui la chasse vers la mer
De ses plus hauts espoirs ;Toujours plus claire et plus saine,
Libre dans sa contrainte aimante,
Elle célèbre tes miracles,
Ô le plus beau mois de janvier !
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Ecce Homo — Aurore
30/07/10
Friedrich Nietzsche – Ecce Homo
< Humain, trop humain Table des matières Le Gai Savoir >
Réflexions sur les préjugés moraux
Ce livre marque le début de ma campagne contre la morale. Ce n’est pas qu’il dégage la moindre odeur de poudre : bien au contraire, pour peu qu’on ait le flair subtil on percevra en lui de tout autres parfums, des senteurs beaucoup plus aimables. Ni gros obus, ni petit calibre : si l’effet du livre est négatif, ses moyens sont tout le contraire, dont l’effet jaillit comme une conclusion et non pas comme un coup de canon. On sort de sa lecture avec une défiance ombrageuse à l’égard de tout ce qui a joui jusqu’ici, sous le nom de morale, du respect et de la vénération de tous ; il ne contient pourtant nulle négation, nulle attaque, nulle méchanceté : il s’étend bien plutôt aux rayons du soleil, rond, heureux et pareil à un animal marin qui se chauffe sur un récif. D’ailleurs, cet animal marin c’était moi-même : il n’est presque pas une phrase de l’ouvrage qui n’ait été pensée et capturée dans le méli-mélo chaotique des rochers qui avoisinent Gênes, en cet endroit où je vivais seul, en confidences avec la mer. La suite >
Ecce Homo — Humain, trop humain
24/07/10
Friedrich Nietzsche – Ecce Homo
< Les Considérations inactuelles Table des matières Aurore >
Humain, trop humain et deux suites
Humain, trop humain constitue le témoignage d’une crise. Il se dénomme : livre à l’usage des esprits fibres : il n’est presque pas une de ses phrases qui n’exprime une victoire ; je me suis délivré par lui de tout ce qui n’était pas moi. L’idéalisme n’est pas moi : le titre de mon livre veut dire : « Là où vous voyez de l’idéal, je ne vois que des choses humaines, des choses, hélas ! trop humaines ! »… Je sais mieux l’homme… C’est le seul sens qu’il faille donner ici au mot de libre esprit : celui d’esprit affranchi qui a repris possession de lui-même. L’accent, le timbre de la voix se sont complètement modifiés : on trouvera l’ouvrage intelligent, froid, parfois dur et ironique. Il semble qu’une certaine distinction d’esprit, une certaine noblesse du goût cherche à s’y maintenir constamment contre les courants de la passion. C’est à cet égard qu’il était, logique – que les fêtes du centenaire de Voltaire vinssent en quelque sorte servir d’excuse à. la publication de cet ouvrage, prématurée en l878. Car Voltaire était, avant tout, au contraire de tout ce qui a tenu la plume après lui, un grand seigneur de l’intelligence : juste ce que je suis aussi. Le nom de Voltaire sur un de mes écrits c’était vraiment un progrès… vers moi-même… à y regarder de plus près on découvre chez moi un esprit impitoyable qui connaît tous les recoins où se niche l’idéal, où il creuse ses oubliettes et trouve en quelque sorte son dernier abri. Armé d’une torche dont la lumière ne tremble pas je promène une lumière aiguë dans ces souterrains de l’idéal. La suite >


